By Enock, H; Nge, DM (2023). Greener Journal of Social Sciences, 13(1): 60-69.
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Greener Journal of Social Sciences
Vol. 13(1), pp. 60-69, 2023
ISSN: 2276-7800
Copyright ©2023, Creative Commons Attribution 4.0 International.
https://gjournals.org/GJSC
Title in English
Title in French
1. Pan-African University Institute of Governance, Humanities, and Social Sciences (PAUGHSS). E-mail : enochelle1@gmail.com Cameroun
2. Advanced School of Translators and Interpreters (ASTI). E-mail : nge.deris@ubuea.com
Type: Research
Full Text: PDF, PHP, HTML, EPUB, MP3
Accepted: 27/10/2023
Published: 03/11/2023
Enock, Havyarimana
E-mail: enochelle1@ gmail.com
Keywords: Burundi, linguistic context, professional translation, translation market
Mots clés : Burundi, contexte linguistique, marché de traduction, traduction professionnelle
This study is based on the observation that the translation profession in Burundi receives little attention (Nkurunziza, 2021). The study aims to identify the challenges facing the translation market in Burundi and to propose solutions to overcome them. A quantitative methodology was used to conduct the study, involving data collection by means of a questionnaire administered to freelance translators and clients. The results identified the following challenges: (1) lack of demand for translation; (2) low remuneration rates for translators; (3) lack of recognition of the profession; (4) lack of regulatory standards; and (5) lack of resources and appropriate translation tools. However, the following solutions have been proposed: (i) improving professional training for translators; (ii) developing partnerships with international translation agencies; (iii) raising awareness of the importance of translation among the authorities and businesses; and (iv) setting up a national agency to regulate translation services.
Cette étude repose sur l’observation selon laquelle la profession de la traduction au Burundi reçoit peu d’attention (Nkurunziza, 2021). L’étude vise à identifier les défis que présente le marché de la traduction au Burundi et à proposer des solutions pour les surmonter. Pour mener cette étude, une méthodologie quantitative a été utilisée, impliquant la collecte de données au moyen d’un questionnaire administré aux traducteurs indépendants et aux donneurs d’ouvrages. Les résultats ont permis d’identifier les défis suivants (1) le manque de demandes de traduction ; (2) la faible rémunération des traducteurs ; (3) le manque de reconnaissance de la profession ; (4) l’absence de normes réglementaires ainsi que (5) le manque de ressources et d’outils de traduction appropriés. Cependant, des solutions sont proposées : (i) renforcer la formation professionnelle des traducteurs ; (ii) développer des partenariats avec des agences de traduction internationales ; (iii) sensibiliser les autorités et les entreprises à l’importance de la traduction et (vi) mettre en place une agence nationale chargée de la réglementation des services de traduction.
Le Burundi n’est pas épargné par les effets de la mondialisation. À l’heure actuelle, l’importance de la traduction ne peut plus être ignorée, car, selon Bizongwako (2019 :1), « l’efficacité des interactions économiques, politiques et socio-culturelles entre les pays du monde entier, qui utilisent différentes langues, exige une communication de qualité ». Ainsi, la traduction est devenue indispensable au cœur du processus d’internationalisation. De plus, le marché de la traduction au Burundi est en plein essor, offrant de nombreuses opportunités aux professionnels de la traduction en raison de l’augmentation des échanges internationaux et de la nécessité de communiquer dans différentes langues. Selon Afolabi (2018 :34), cité par Volga (2013 :79), le marché de la traduction fait référence à la structure sociale dans laquelle les différents acteurs interagissent pour fournir et acquérir des services de traduction, principalement dans les secteurs public et privé. Nous soutenons l’idée qu’un marché de traduction est un lieu, qu’il soit virtuel ou physique, où les clients et les prestataires de services de traduction se rencontrent pour mener des échanges commerciaux liés à la traduction de documents, de sites web, de logiciels, de vidéos et d’autres supports de communication dans différentes langues. Toutes ces activités commerciales sont réalisées au Burundi.
En effet, outre d’autres communautés internationales, le Burundi est membre de quatre organisations régionales, à savoir : la Communauté d’Afrique de l’Est (CEA), la Communauté Économique des Pays des Grands Lacs (CEPGL), la Communauté Économique des États de l’Afrique Centrale (CEEAC) et le Marché Commun de l’Afrique Orientale et Australe (COMESA). En réalité, l’intégration régionale a permis l’ouverture du pays au reste du monde et a contribué au renforcement des échanges de personnes et de biens à l’intérieur du pays, où le kirundi est la langue nationale (Cazenave & Piarrot, 2012). En 2014, le gouvernement du Burundi a adopté l’anglais comme troisième langue officielle, après le kirundi et le français. Le kiswahili, qui est la deuxième langue la plus parlée dans le pays et la langue officielle de la Communauté Est-Africaine (Bigirimana, 2020), est également intégré, et reste la langue commerciale dans la région des Grands Lacs où se trouve le Burundi (Cazenave & Piarrot, 2012). Ces situations linguistiques ont joué un rôle majeur dans l’attraction des investisseurs étrangers dans divers secteurs socio-économiques, ainsi que des organisations internationales non gouvernementales. Il convient de noter que tous ces développements ont créé de nouvelles opportunités, en particulier dans le domaine de la formation linguistique (Simons & Fennig, 2018). De plus, la traduction et l’interprétation ont gagné en importance pour faciliter la communication entre les parties prenantes, étant donné que de nombreuses parties impliquées peuvent provenir de milieux linguistiques variés.
Par ailleurs, l’article 5 de la Constitution post-transition, adoptée par référendum le 28 février 2005, stipule que : « la langue nationale est le kirundi. Les langues officielles sont le kirundi et les autres langues déterminées par la loi. Tous les textes législatifs doivent avoir leur version originale en kirundi ». Dans cette optique, il est évident que les besoins et les opportunités en matière de traduction sont une réalité au Burundi. De plus, avec la mondialisation croissante et l’afflux d’investissements étrangers, les individus et les agences fournissant des services de traduction connaissent une croissance économique exponentielle (Massardo, 2017).
Cependant, la situation actuelle du marché de la traduction au Burundi demeure largement méconnue. Selon Nkurunziza (2021 :42), « la traduction professionnelle au Burundi est peu prise en compte ». En réalité, ce marché semble ne pas être réglementé. De plus, le rôle du gouvernement dans l’amélioration de cette profession, qu’elle soit exercée en personne ou en ligne, demeure flou.
Cette étude vise donc à examiner l’état actuel du marché de la traduction au Burundi en mettant l’accent sur les défis qui lui sont associés, tout en proposant des solutions potentielles pour surmonter ces obstacles. Ce sujet est choisi car, bien que le marché de la traduction existe dans le pays, peu d’études ont été menées à ce sujet jusqu’à présent.
L’objectif de cette étude est de fournir des réponses aux questions suivantes :
L’étude vise à :
Dans cette section, l’accent est mis sur la revue conceptuelle, qui vise à définir les concepts clés. La revue théorique examine la théorie qui sous-tend l’étude, tandis que la revue empirique met en évidence les données de référence liées au marché de la traduction.
Dans cette section, il est question de définir les concepts clés afférents à la présente étude. Ces concepts sont : traduction et marché de traduction. En plus, l’historique du multilinguisme et le statut des langues parlées au Burundi sont éclairés dans ce travail.
Le concept de « traduction » peut être défini selon différentes perspectives, car il peut faire référence au processus, au produit ou au domaine d’étude. Lederer (2006 : 49) définit la traduction comme « un acte de création d’équivalences ad hoc, ponctué par l’insertion d’équivalences préexistantes », tandis que Vinay et Darbelnet (1977 : 19) considèrent la traduction comme « le passage d’une langue A à une langue B pour exprimer la même réalité ». Selon Ladmiral (1979 : 15), « la traduction est un cas particulier de convergence linguistique au sens le plus large, elle désigne toute forme de médiation interlinguistique permettant de transmettre l’information entre les locuteurs de langues différentes ».
De manière générale, la traduction consiste en une activité ou un processus de transfert d’un message écrit d’une langue source vers une autre langue cible. L’objectif ou la fonction principale de la traduction est de servir de moyen de communication (Nord, 2014).
Un marché de la traduction est un lieu, qu’il soit virtuel ou physique, où les clients et les prestataires de services de traduction se rencontrent afin de réaliser des transactions commerciales liées à la traduction de documents, de sites web, de logiciels, de vidéos et d’autres supports de communication dans différentes langues. Selon Afolabi (2018) cité par Volga (2013 : 79), le marché de la traduction fait référence à la structure sociale dans laquelle différents acteurs interagissent pour fournir et acquérir des services de traduction, notamment dans les secteurs public et privé.
Les marchés de la traduction offrent aux clients la possibilité de trouver des prestataires de services de traduction professionnels et qualifiés, ainsi qu’aux traducteurs de trouver des clients ayant besoin de services de traduction. Ces marchés peuvent englober des agences de traduction, des traducteurs indépendants, des plateformes de traduction en ligne, et autres.
Avant l’arrivée des étrangers au Burundi, le kirundi était la seule langue parlée sur le territoire. En d’autres termes, le Burundi était un pays caractérisé par un monolinguisme presque parfait. C’est à la fin du XIXe siècle, plus précisément en 1897, que le kiswahili a été introduit par les commerçants tanzaniens, devenant ainsi la première langue étrangère parlée dans le pays (Ntiranyibagira, 2017). En d’autres termes, l’arrivée des Arabes, premiers occupants du Burundi, a eu un impact sur la situation linguistique, car ils ont introduit le kiswahili et l’arabe, des langues qui ont renforcé l’expansion de l’Islam dans le pays. En réalité, ce sont les Arabes qui ont introduit l’écriture au Burundi (Bigirimana, 2009). Cela a ouvert la voie à la pluralité linguistique, car en plus du kirundi, la langue préexistante, les Arabes utilisaient le kiswahili et l’arabe pour mener leurs activités commerciales, ce qui a conduit à l’émergence du kiswahili et de l’arabe au Burundi (Bigirimana, 2009).
Le français, quant à lui, a été introduit par les colons belges en 1916, au début de la colonisation du Burundi par la Belgique. L’anglais est la quatrième langue parlée au Burundi, en plus du kirundi, du français et du kiswahili. En dehors de ces quatre langues, il existe d’autres langues généralement parlées par des communautés d’immigrés, notamment les Chinois, les Rwandais, les Russes, les Allemands, les Sénégalais, les Belges, les Congolais (RDC), les Arabes et les Nigérians, pour n’en citer que quelques-uns.
De manière générale, c’est la politique linguistique qui confère un statut aux langues parlées dans un pays. Selon le Conseil de l’Europe (2007 : 17), « la politique linguistique est une action volontaire, officielle ou militante, visant à intervenir sur les langues dans leurs formes, dans leurs fonctions sociales (choix d’une langue comme langue officielle ou langue nationale) ou dans leur place dans l’enseignement. Dans l’attribution du statut, le contexte joue un rôle crucial ».
La politique linguistique du Burundi a été largement influencée par le contexte régional et international multilingue, comme le souligne Ntiranyibagira (2017). En effet, le Burundi est membre de plusieurs organisations régionales et internationales qui présentent des particularités linguistiques auxquelles le pays doit s’adapter. Deux langues se démarquent particulièrement : le français et l’anglais. L’adhésion du Burundi à des organisations telles que l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) en 1970 et la Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC) en 2007, ainsi que son désir de promouvoir un multilinguisme social, ont grandement influencé la politique linguistique en vigueur (Habonimana et Mazunya, 2010, cités dans Ntiranyibagira, 2017). Il convient de noter que ces deux organisations utilisent respectivement le français et l’anglais comme langues officielles.
L’article 5 de la Constitution post-transition, adoptée par référendum le 28 février 2005, énonce que « la langue nationale est le kirundi. Les langues officielles sont le kirundi et les autres langues déterminées par la loi. Tous les textes législatifs doivent avoir leur version originale en kirundi ». Cependant, cet article ne précise pas quelles sont ces autres langues.
Afin de lever cette ambiguïté, une loi portant statut des langues au Burundi a été adoptée en 2014. Cette loi confère le statut de langue officielle au kirundi, au français et à l’anglais. En d’autres termes, le Burundi compte actuellement trois langues officielles, à savoir le kirundi, le français et l’anglais. Quant au kiswahili, il bénéficie du statut de langue de communication régionale. La même loi stipule que le kirundi, le français et l’anglais sont des langues d’enseignement, tandis que le kiswahili est considéré comme une langue enseignée.
Dans cette section, il est prévu de présenter la théorie qui sert de fondement à notre étude. L’approche suivante a été identifiée et mise en évidence.
L’approche fonctionnelle a été développée par Alfred Marshall, économiste britannique, considéré comme l’un des fondateurs de l’économie moderne. Il a développé l’approche fonctionnelle dans son ouvrage « Principes d’économie » publié en 1890. Marshall a mis l’accent sur l’analyse des fonctions économiques, telles que la production, la consommation et la distribution, et a étudié comment ces fonctions interagissent dans le cadre d’un marché.
L’énoncé de l’approche fonctionnelle est que les différentes parties d’un système ou d’une organisation remplissent des fonctions spécifiques qui contribuent à son bon fonctionnement global. Selon cette approche, chaque élément ou acteur a un rôle déterminé à jouer pour atteindre les objectifs du système dans son ensemble.
Par exemple, dans le domaine de la gestion organisationnelle, l’approche fonctionnelle analyse les différentes fonctions et rôles des individus au sein d’une organisation, ainsi que la coordination et la coopération nécessaires pour atteindre les objectifs organisationnels.
L’approche fonctionnelle est pertinente pour l’étude du marché de la traduction au Burundi car elle permet de comprendre comment ce marché opère et les conditions dans lesquelles les échanges de services de traduction ont lieu. En adoptant cette approche, on peut analyser les différents acteurs impliqués dans le marché de la traduction au Burundi, tels que les traducteurs, les agences de traduction et les clients, ainsi que les interactions entre eux.
En examinant le fonctionnement du marché de la traduction au Burundi, on peut identifier les principaux facteurs qui influencent les échanges de services de traduction, tels que l’offre et la demande de traducteurs, les tarifs pratiqués, les compétences linguistiques requises, les besoins spécifiques des clients, etc. Cette compréhension approfondie permet de mettre en évidence les défis et les opportunités spécifiques au marché de la traduction au Burundi, et d’élaborer des stratégies adaptées pour améliorer son fonctionnement.
Dans cette section, nous présentons une revue de la littérature portant sur le marché de la traduction. En effet, nous examinons les études menées sur les marchés de la traduction au Tchad, en France, au Sénégal et en Turquie.
Depuis plusieurs décennies, la formation de traducteurs en tant que discipline à part entière est un domaine de recherche d’une grande importance qui a suscité l’intérêt des chercheurs et des enseignants dans le domaine de la traduction à travers le monde (Bandia, 2005). Cependant, jusqu’à présent, les recherches réalisées sur cette discipline au Burundi sont peu nombreuses. Par conséquent, cette étude passe en revue certaines études réalisées sur le marché de la traduction dans d’autres pays que le Burundi.
Pabame (2017) a mené une étude exploratoire en rapport avec l’état des lieux, défis et perspectives du marché de la traduction au Tchad. Sa recherche s’est fixée trois objectifs à savoir : (1) montrer qu’il existe bel et bien un marché de la traduction au Tchad et en donner une description ; (2) relever les difficultés du marché de la traduction au Tchad ; et (3) proposer quelques stratégies permettant de stimuler davantage l’essor de ce marché. Les résultats de l’étude menée au Tchad relèvent les difficultés liées au marché de la traduction dans ce pays telles que : le manque de la réglementation du métier, l’inexistence d’associations de défense de la profession ainsi que les défis liés à la formation de traducteurs. En plus, le chercheur affirme que les traducteurs tchadiens font allusion aux difficultés d’embauche, à l’accès à l’Internet, à l’ignorance des outils de la TAO (traduction assistée par ordinateur), ainsi qu’à l’ignorance de l’importance de la traduction par le grand public. L’étude montre également que la tarification n’est pas satisfaisante. Cette situation peut s’expliquer par le fait que les professionnels sont très peu représentés. Pour remédier à ces difficultés, l’étude menée par Pabame suggère que des modèles d’autres pays soient pris en compte et adaptés au contexte tchadien. Les acteurs du marché de la traduction devraient s’inspirer des pratiques étrangères afin de permettre au marché de la traduction au Tchad de ne plus être à la traîne. Cela passe par la mise à disposition d’infrastructures de travail pour les traducteurs et la création de conditions de formation et de travail optimales pour favoriser le développement de ce marché. Des actions de sensibilisation sur la valeur de la traduction devraient également être entreprises.
L’étude menée par Mbodji (2016) pose le problème de l’organisation du marché de la traduction au Sénégal, avec comme objectif l’exploration dudit marché. Les résultats ont révélé l’existence de véritables acteurs sur le marché de la traduction au Sénégal, capables de le dynamiser en créant un environnement favorable. Les résultats confirment également que l’ouverture récente d’un programme de traduction et d’interprétation à l’université Gaston Berger de Saint Louis favorise la formation de traducteurs et contribuera à long terme à l’augmentation du nombre de traducteurs qualifiés sur le marché. L’étude indique par ailleurs que les combinaisons linguistiques évoluent progressivement des langues étrangères vers les langues indigènes. Cependant, selon Mbodji (2016), il existe plusieurs défis liés au marché de la traduction au Sénégal. Certains de ces défis comprennent : le manque de reconnaissance officielle, la qualité de la formation, une faible rémunération, le manque de collaboration et l’usage limité des technologies.
Selon Gumus (2013), il existe plusieurs défis liés au marché de la traduction en Turquie. Ces défis sont les suivants : la concurrence intense, la pression sur les prix, le besoin de spécialisation, la qualité inégale et les problèmes de paiement. Le chercheur affirme qu’en Turquie, le marché de la traduction n’emploie pas seulement les diplômés des départements de formation des traducteurs. Le marché est ouvert aux diplômés des départements d’enseignement des langues étrangères, de linguistique et de langues et littératures étrangères, ou dans certains cas, à toute personne parlant une langue étrangère. Pour faire face aux pesanteurs qui rampent le marché, Gumus (2013) soutient qu’en Turquie les traducteurs doivent se tourner vers un notaire public pour devenir traducteur assermenté et fournir la preuve de leur maîtrise de la combinaison linguistique pour laquelle ils postulent. Les résultats obtenus dans cette étude montrent que les entreprises de traduction en Turquie ont commencé à demander une certification de l’institution turque de normalisation afin de démontrer la qualité de leurs services aux clients. En réalité, l’adoption de cette norme peut jouer un rôle d’orientation à la fois dans les processus de formation et dans les services fournis sur le marché. En 2013, la Turquie comptait cinq associations de traducteurs et d’interprètes, ainsi que trois associations de sociétés de traduction. Le nombre d’associations de traducteurs a augmenté au fil du temps ; cet avancement est significatif dans l’optimisation dudit marché.
Gouanvic (2010) a mené une étude sur le marché de la traduction en France. Les résultats montrent qu’il existe plusieurs défis associés au marché de la traduction en France. Ces défis sont les suivants : la concurrence accrue due à l’évènement de l’Internet et des plateformes de traduction en ligne, la pression sur les prix, l’évolution des technologies, la spécialisation et l’adaptation aux besoins des clients. Par ailleurs, selon une étude conjointe réalisée par l’Observatoire de la traduction en France et Gouanvic (2020), le secteur de la traduction connaît une croissance florissante en France, avec une demande accrue pour des services de qualité, notamment pour les langues anglo-saxonnes telles que l’anglais et l’américain. De plus, il démontre que la traduction est devenue de plus en plus professionnalisée, avec une augmentation du nombre de traducteurs professionnels et d’entreprises spécialisées dans ce domaine. Cette évolution est en partie due à la demande croissante de traductions de qualité dans des secteurs tels que le commerce électronique, le tourisme et les industries créatives.
Les littératures passées en revue nous ont poussé à mener une étude visant à inventorier les défis associés au marché de la traduction au Burundi, car il est évident que les défis associés au marché de la traduction peuvent varier en fonction de différents facteurs tels que le pays, la région et l’évolution du secteur (Massardo, 2017). En effet, la profession de traduction connait peu de recherches au Burundi. Pour ce faire, il est essentiel de mener une étude approfondie visant à identifier les difficultés inhérentes au marché de la traduction au Burundi, et enfin à proposer des solutions concrètes pour remédier à ces problèmes.
Afin d’obtenir les données nécessaires pour répondre aux questions formulées précédemment, et compte tenu de la nature de nos questions de recherche, nous avons utilisé la méthode quantitative où les répondants étaient invités à cocher la réponse appropriée selon leur point de vue. Nous avons donc utilisé le questionnaire comme outil de sondage. Cette recherche a été menée au Burundi, en se concentrant spécifiquement sur le marché de la traduction local.
En ce qui concerne la population étudiée, nous avons opté pour des méthodes d’échantillonnage non aléatoires, qui consistent à sélectionner les individus de la population cible en fonction de critères subjectifs. Dans le cadre de ces méthodes, nous avons choisi l’échantillonnage raisonné et l’échantillonnage boule de neige. Selon Masinda (2014), l’échantillonnage raisonné permet à l’enquêteur de décider d’interroger un segment spécifique de la population cible, sur la base de son propre raisonnement qui lui fait supposer que ce segment est représentatif. Quant à l’échantillonnage boule de neige, l’enquêteur utilise cette méthode lorsque la population cible est restreinte.
Ainsi, nous avons pu constituer un échantillon de trente (30) traducteurs indépendants et quinze (15) donneurs d’ouvrages, à qui nous avons administré les différents questionnaires.
Il convient de noter que les questionnaires ont été créés sur Google Forms, permettant aux répondants d’y accéder et de les remplir à leur convenance. Ce logiciel nous a également permis d’analyser les données de manière statistique et de générer des diagrammes. Les questionnaires ont été diffusés en ligne via des canaux de communication tels que WhatsApp et l’e-mail. En ce qui concerne la validité, nous avons effectué des vérifications de validité de contenu.
L’objectif de la présente étude consiste à recenser les défis auxquels est confronté le marché de la traduction au Burundi, ainsi que les stratégies envisagées pour les surmonter. Pour répondre à cette problématique, deux enquêtes distinctes ont été menées, l’une auprès des traducteurs indépendants et l’autre auprès des donneurs d’ouvrages. Dans cette section, nous procédons à l’analyse des données obtenues afin de recueillir des informations relatives aux défis associés au marché, ainsi qu’aux perspectives et aux stratégies envisagées pour les surmonter.
À ce stade, l’objectif était de recueillir auprès des traducteurs indépendants des informations relatives aux défis qu’ils rencontrent au marché de la traduction au Burundi. Le manque de reconnaissance de la profession de traducteur ainsi que les difficultés à trouver des clients réguliers ont été affirmés à 76,7 %. Les répondants ont souligné à 73,3 % le manque de demandes de traduction. Les traducteurs indépendants ont également indiqué, à 66,7 %, une rémunération insuffisante pour les traducteurs. De plus, 60 % des traducteurs indépendants ont évoqué le manque de ressources et d’outils de traduction appropriés, tandis que 40 % d’entre eux considèrent la barrière linguistique pour certaines langues moins courantes comme un obstacle à l’essor du marché. Le défi le moins mentionné, soit par 23,3 % des répondants, est la concurrence accrue sur le marché.
En résumé, il est évident que le marché de la traduction au Burundi est confronté à de nombreux défis, tels que le manque de demandes de traduction, une rémunération insuffisante pour les traducteurs, le manque de reconnaissance de la profession de traducteur, les difficultés à trouver des clients réguliers, le manque de ressources et d’outils de traduction appropriés, la facturation informelle ainsi que l’absence de normes réglementaires.
Dans le cadre de la présente étude, les donneurs d’ouvrages ont été invités à identifier les défis qu’ils constatent sur le marché de la traduction au Burundi. Les répondants ont indiqué à 86,7 % les principaux défis liés aux difficultés de certification des documents traduits, ainsi qu’aux difficultés de trouver des services de traduction en dehors de Bujumbura. De plus, l’ignorance de l’utilisation d’Internet pour la publication et l’accès aux services a été mentionnée par 80 % des répondants comme un facteur défavorable à l’essor du marché de la traduction au Burundi. 60 % des donneurs d’ouvrages se sont montrés insatisfaits de la tarification informelle. L’ignorance des outils technologiques de traduction ainsi que le manque de traducteurs professionnels ont également été soulevés par 46,7 % des répondants. Sur la base de ces résultats, il est évident que les clients des services de traduction déplorent l’organisation du marché de la traduction au Burundi. En tenant compte des résultats obtenus, il est généralement certain que le marché présente plusieurs défis, tels que la tarification informelle, l’ignorance de l’utilisation d’Internet pour la publication et l’accès aux services, les difficultés de certification des documents traduits, ainsi que les difficultés de trouver des services de traduction en dehors de Bujumbura.
Dans le cadre de la présente étude, les traducteurs indépendants ont été sollicités afin de proposer des stratégies visant à surmonter les obstacles entravant le développement du marché de la traduction au Burundi. Pour remédier aux problèmes rencontrés sur le marché, les répondants ont suggéré, à hauteur de 86,7 %, la création d’une agence nationale chargée de réglementer les services de traduction. Ils ont également souligné, à 83,3 %, que la promotion de la valeur et de l’importance de la traduction auprès des clients potentiels constitue une voie vers l’optimisation de ce marché. L’établissement de tarifs de traduction équitables et compétitifs a été évoqué par 73,3 % des participants, tandis que le renforcement de la formation et du développement professionnel des traducteurs a été proposé à hauteur de 70 %. Les traducteurs ont proposé, à 63,3 %, le développement de partenariats avec des agences de traduction internationales comme l’une des stratégies efficaces pour valoriser le métier de traducteur. Les traducteurs indépendants ont également indiqué, à 66,7 %, que des efforts de sensibilisation auprès des autorités et des entreprises quant à l’importance de la traduction doivent être pris en considération pour dynamiser ce marché. Ils ont souligné à 56,7 %, que l’encouragement de la collaboration et l’échange d’expériences entre les traducteurs peuvent contribuer à l’optimisation du marché de la traduction au Burundi. Enfin, l’amélioration de l’accès aux ressources et aux outils de traduction a été mentionnée à 53,3 %.
En résumé, les résultats obtenus indiquent que les stratégies pour surmonter les défis associés au marché de la traduction au Burundi peuvent inclure la promotion de la valeur et de l’importance de la traduction auprès des clients potentiels, l’établissement de tarifs de traduction équitables et compétitifs, le renforcement de la formation et du développement professionnel des traducteurs, l’encouragement de la collaboration et de l’échange d’expériences entre les traducteurs, l’amélioration de l’accès aux ressources et aux outils de traduction, le développement de partenariats avec des agences de traduction internationales, la sensibilisation des autorités et des entreprises à l’importance de la traduction, ainsi que la création d’une agence nationale chargée de réglementer les services de traduction.
La présente étude a permis aux donneurs d’ouvrages de proposer des stratégies visant à faire face aux problèmes entravant le bon fonctionnement du marché de la traduction au Burundi. 86,7 % de ces clients des services de traduction ont proposé la multiplication des programmes de traduction, ainsi que l’utilisation d’Internet pour la publication et l’accès aux services, comme solutions aux difficultés rencontrées sur ce marché. De plus, ils ont souligné, à 80 %, que la réglementation des services de traduction et la formation de qualité des traducteurs peuvent favoriser le développement du marché de la traduction au Burundi. Ils ont en outre suggéré, à hauteur de 73,3 %, la formalisation de la facturation, et à 53,3 %, le recours aux outils technologiques de traduction comme moyen d’optimiser ce marché.
En somme, nous pouvons affirmer que les solutions aux défis auxquels sont confrontés les donneurs d’ouvrages sur le marché de la traduction au Burundi peuvent inclure la formalisation de la facturation, le recours aux outils technologiques de traduction, la réglementation des services de traduction, la formation de qualité des traducteurs, la multiplication des programmes de traduction, ainsi que l’utilisation d’Internet pour la publication et l’accès aux services.
La présente étude a inventorié les défis auxquels les traducteurs indépendants et les donneurs d’ouvrages sont confrontés sur le marché de la traduction au Burundi. Cette étude a également identifié des pistes de solutions pour relever ces défis. Après avoir synthétisé les données qualitatives obtenues auprès des traducteurs indépendants et des donneurs d’ouvrages, il est clairement démontré l’existence de plusieurs défis liés au marché de la traduction au Burundi, notamment :
En conséquence, cette étude propose les recommandations suivantes pour remédier à ces défis :
Il est important de souligner que cette étude, centrée sur les défis liés au marché de la traduction au Burundi, n’a pas pu aborder tous les aspects de la question en raison de contraintes de temps et de la situation critique dans le pays. Par conséquent, elle ouvre encore de nombreuses perspectives de recherche pour les futurs chercheurs.
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