By Enock,
H; Nge, DM (2023).
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Greener Journal of Social Sciences Vol. 13(1), pp. 60-69, 2023 ISSN: 2276-7800 Copyright ©2023, Creative Commons Attribution 4.0
International. |
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Title in English
Challenges Related to the Translation Market in Burundi
Title in French
Les Défis
Liés au Marché de la Traduction au Burundi
1. Pan-African
University Institute of Governance, Humanities, and Social Sciences (PAUGHSS). E-mail :
enochelle1@gmail.com Cameroun
2. Advanced School of
Translators and Interpreters (ASTI). E-mail : nge.deris@ubuea.com
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ARTICLE’S INFO |
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Article No.: 102623118 Type: Research |
Accepted:
27/10/2023 Published: 03/11/2023 |
*Corresponding Author Enock, Havyarimana E-mail: enochelle1@ gmail.com |
Keywords: Mots
clés :
Burundi, contexte linguistique, marché de
traduction, traduction professionnelle |
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ABSTRACT |
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Abstract in English This study is based on the observation that the translation profession
in Burundi receives little attention (Nkurunziza,
2021). The study aims to identify the challenges facing the translation
market in Burundi and to propose solutions to overcome them. A quantitative
methodology was used to conduct the study, involving data collection by
means of a questionnaire administered to freelance translators and clients.
The results identified the following challenges: (1) lack of demand for
translation; (2) low remuneration rates for translators; (3) lack of
recognition of the profession; (4) lack of regulatory standards; and (5)
lack of resources and appropriate translation tools. However, the following
solutions have been proposed: (i) improving professional training for
translators; (ii) developing partnerships with international translation
agencies; (iii) raising awareness of the importance of translation among the
authorities and businesses; and (iv) setting up a national agency to
regulate translation services. Résumé (French) Cette étude repose sur
l’observation selon laquelle la
profession de la traduction au Burundi reçoit peu d’attention (Nkurunziza, 2021). L’étude vise à identifier les défis que présente le marché de la
traduction au Burundi et à proposer des solutions pour les surmonter. Pour
mener cette étude, une méthodologie quantitative a été utilisée, impliquant
la collecte de données au moyen d’un questionnaire administré aux traducteurs
indépendants et aux donneurs d’ouvrages. Les résultats ont permis
d’identifier les défis suivants (1) le manque de demandes de
traduction ; (2) la faible rémunération des traducteurs ; (3) le
manque de reconnaissance de la profession ; (4) l’absence de normes
réglementaires ainsi que (5) le manque de ressources et
d’outils de traduction appropriés. Cependant, des solutions sont
proposées : (i) renforcer la formation professionnelle des
traducteurs ; (ii) développer des partenariats avec des agences de
traduction internationales ; (iii) sensibiliser les autorités et les
entreprises à l’importance de la traduction et (vi) mettre en place une
agence nationale chargée de la réglementation des services de traduction. |
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1.
Contexte de
l’étude
Le Burundi n’est pas épargné par les effets de la
mondialisation. À l’heure actuelle, l’importance de la traduction ne peut plus
être ignorée, car, selon Bizongwako (2019 :1),
« l’efficacité des interactions économiques, politiques et
socio-culturelles entre les pays du monde entier, qui utilisent différentes
langues, exige une communication de qualité ». Ainsi, la traduction est
devenue indispensable au cœur du processus d’internationalisation. De plus, le
marché de la traduction au Burundi est en plein essor, offrant de nombreuses
opportunités aux professionnels de la traduction en raison de l’augmentation
des échanges internationaux et de la nécessité de communiquer dans différentes
langues. Selon Afolabi (2018 :34), cité par Volga
(2013 :79), le marché de la traduction fait référence à la structure sociale
dans laquelle les différents acteurs interagissent pour fournir et acquérir des
services de traduction, principalement dans les secteurs public et privé. Nous
soutenons l’idée qu’un marché de traduction est un lieu, qu’il soit virtuel ou
physique, où les clients et les prestataires de services de traduction se
rencontrent pour mener des échanges commerciaux liés à la traduction de
documents, de sites web, de logiciels, de vidéos et d’autres supports de communication
dans différentes langues. Toutes ces activités commerciales sont réalisées au
Burundi.
En effet, outre d’autres communautés
internationales, le Burundi est membre de quatre organisations régionales, à
savoir : la Communauté d’Afrique de l’Est (CEA), la Communauté Économique des
Pays des Grands Lacs (CEPGL), la Communauté Économique des États de l’Afrique
Centrale (CEEAC) et le Marché Commun de l’Afrique Orientale et Australe
(COMESA). En réalité, l’intégration régionale a permis
l’ouverture du pays au reste du monde et a contribué au renforcement des
échanges de personnes et de biens à l’intérieur du pays, où le kirundi est la
langue nationale (Cazenave & Piarrot,
2012). En 2014, le gouvernement du Burundi a adopté l’anglais comme troisième
langue officielle, après le kirundi et le français. Le kiswahili, qui est la
deuxième langue la plus parlée dans le pays et la langue officielle de la
Communauté Est-Africaine (Bigirimana, 2020), est
également intégré, et reste la langue commerciale dans la région des Grands
Lacs où se trouve le Burundi (Cazenave & Piarrot, 2012). Ces situations linguistiques ont joué un
rôle majeur dans l’attraction des investisseurs étrangers dans divers secteurs
socio-économiques, ainsi que des organisations internationales non
gouvernementales. Il convient de noter que tous ces développements ont créé de
nouvelles opportunités, en particulier dans le domaine de la formation
linguistique (Simons & Fennig,
2018). De plus, la traduction et l’interprétation ont gagné en importance pour
faciliter la communication entre les parties prenantes, étant donné que de
nombreuses parties impliquées peuvent provenir de milieux linguistiques variés.
Par ailleurs,
l’article 5 de la Constitution post-transition, adoptée par référendum le 28 février
2005, stipule que : « la langue nationale est le kirundi. Les langues
officielles sont le kirundi et les autres langues déterminées par la loi. Tous
les textes législatifs doivent avoir leur version originale en kirundi ».
Dans cette optique, il est évident que les besoins et les opportunités en
matière de traduction sont une réalité au Burundi. De plus, avec la
mondialisation croissante et l’afflux d’investissements étrangers, les
individus et les agences fournissant des services de traduction connaissent une
croissance économique exponentielle (Massardo, 2017).
Cependant, la
situation actuelle du marché de la traduction au Burundi demeure largement
méconnue. Selon Nkurunziza (2021 :42), « la
traduction professionnelle au Burundi est peu prise en compte ». En
réalité, ce marché semble ne pas être réglementé. De plus, le rôle du
gouvernement dans l’amélioration de cette profession, qu’elle soit exercée en
personne ou en ligne, demeure flou.
Cette étude vise donc à examiner
l’état actuel du marché de la traduction au Burundi en mettant l’accent sur les
défis qui lui sont associés, tout en proposant des solutions potentielles pour
surmonter ces obstacles. Ce sujet est choisi car, bien que le marché de la
traduction existe dans le pays, peu d’études ont été menées à ce sujet jusqu’à
présent.
2.
Questions de recherche
L’objectif de cette étude est de fournir des réponses aux
questions suivantes :
1.
Quels sont les défis liés au marché de la
traduction au Burundi ?
2.
Quelles sont les stratégies permettant de surmonter
les obstacles rencontrés au marché de la traduction au Burundi ?
3.
Objectifs de l’étude
L’étude vise à :
1.
Inventorier les défis associés au marché de
la traduction au Burundi
2.
Proposer des stratégies et des solutions pour
les surmonter
4.
Revue de la
littérature
Dans cette section, l’accent est mis sur la revue
conceptuelle, qui vise à définir les concepts clés. La revue théorique examine
la théorie qui sous-tend l’étude, tandis que la revue empirique met en évidence
les données de référence liées au marché de la traduction.
4.1.
Revue
conceptuelle
Dans
cette section, il est question de définir les concepts clés afférents à la
présente étude. Ces concepts sont : traduction et marché de traduction. En
plus, l’historique du multilinguisme et le statut des langues parlées au
Burundi sont éclairés dans ce travail.
4.1.1.
La notion de traduction
Le concept de « traduction » peut être défini
selon différentes perspectives, car il peut faire référence au processus, au
produit ou au domaine d’étude. Lederer (2006 : 49)
définit la traduction comme « un acte de création d’équivalences ad hoc,
ponctué par l’insertion d’équivalences préexistantes », tandis que Vinay
et Darbelnet (1977 : 19) considèrent la traduction
comme « le passage d’une langue A à une langue B pour exprimer la même
réalité ». Selon Ladmiral (1979 : 15), « la
traduction est un cas particulier de convergence linguistique au sens le plus
large, elle désigne toute forme de médiation interlinguistique
permettant de transmettre l’information entre les locuteurs de langues
différentes ».
De manière générale, la traduction
consiste en une activité ou un processus de transfert d’un message écrit d’une
langue source vers une autre langue cible. L’objectif ou la fonction principale
de la traduction est de servir de moyen de communication (Nord, 2014).
4.1.2.
La notion de marché de la traduction
Un marché de la traduction est un lieu, qu’il soit
virtuel ou physique, où les clients et les prestataires de services de
traduction se rencontrent afin de réaliser des transactions commerciales liées
à la traduction de documents, de sites web, de logiciels, de vidéos et d’autres
supports de communication dans différentes langues. Selon Afolabi
(2018) cité par Volga (2013 : 79), le marché de la traduction fait référence à
la structure sociale dans laquelle différents acteurs
interagissent pour fournir et acquérir des services de traduction, notamment
dans les secteurs public et privé.
Les marchés de la traduction offrent
aux clients la possibilité de trouver des prestataires de services de
traduction professionnels et qualifiés, ainsi qu’aux traducteurs de trouver des
clients ayant besoin de services de traduction. Ces marchés peuvent englober
des agences de traduction, des traducteurs indépendants, des plateformes de traduction
en ligne, et autres.
4.1.3.
Historique du
multilinguisme au Burundi
Avant l’arrivée des étrangers au Burundi, le kirundi
était la seule langue parlée sur le territoire. En d’autres termes, le Burundi
était un pays caractérisé par un monolinguisme presque parfait. C’est à la fin
du XIXe siècle, plus précisément en 1897, que le kiswahili a été introduit par
les commerçants tanzaniens, devenant ainsi la première langue étrangère parlée
dans le pays (Ntiranyibagira, 2017). En d’autres
termes, l’arrivée des Arabes, premiers occupants du Burundi, a eu un impact sur
la situation linguistique, car ils ont introduit le kiswahili et l’arabe, des
langues qui ont renforcé l’expansion de l’Islam dans le pays. En réalité, ce
sont les Arabes qui ont introduit l’écriture au Burundi (Bigirimana,
2009). Cela a ouvert la voie à la pluralité linguistique, car en plus du
kirundi, la langue préexistante, les Arabes utilisaient le kiswahili et l’arabe
pour mener leurs activités commerciales, ce qui a conduit à l’émergence du
kiswahili et de l’arabe au Burundi (Bigirimana,
2009).
Le français, quant à lui, a été
introduit par les colons belges en 1916, au début de la colonisation du Burundi
par la Belgique. L’anglais est la quatrième langue parlée au Burundi, en plus
du kirundi, du français et du kiswahili. En dehors de ces quatre langues, il
existe d’autres langues généralement parlées par des communautés d’immigrés,
notamment les Chinois, les Rwandais, les Russes, les Allemands, les Sénégalais,
les Belges, les Congolais (RDC), les Arabes et les Nigérians, pour n’en citer
que quelques-uns.
4.1.4.
Statut des langues parlées au Burundi
De manière générale, c’est la politique linguistique qui
confère un statut aux langues parlées dans un pays. Selon le Conseil de
l’Europe (2007 : 17), « la politique linguistique est une action
volontaire, officielle ou militante, visant à intervenir sur les langues dans
leurs formes, dans leurs fonctions sociales (choix d’une langue comme langue
officielle ou langue nationale) ou dans leur place dans l’enseignement. Dans
l’attribution du statut, le contexte joue un rôle crucial ».
La politique linguistique du Burundi a
été largement influencée par le contexte régional et international multilingue,
comme le souligne Ntiranyibagira (2017). En effet, le
Burundi est membre de plusieurs organisations régionales et internationales qui
présentent des particularités linguistiques auxquelles le pays doit s’adapter.
Deux langues se démarquent particulièrement : le français et l’anglais.
L’adhésion du Burundi à des organisations telles que l’Organisation
internationale de la Francophonie (OIF) en 1970 et la Communauté de l’Afrique
de l’Est (EAC) en 2007, ainsi que son désir de promouvoir un multilinguisme
social, ont grandement influencé la politique linguistique en vigueur (Habonimana et Mazunya, 2010,
cités dans Ntiranyibagira, 2017). Il convient de
noter que ces deux organisations utilisent respectivement le français et
l’anglais comme langues officielles.
L’article 5 de la Constitution
post-transition, adoptée par référendum le 28 février 2005, énonce que
« la langue nationale est le kirundi. Les langues officielles sont le
kirundi et les autres langues déterminées par la loi. Tous les textes
législatifs doivent avoir leur version originale en kirundi ». Cependant,
cet article ne précise pas quelles sont ces autres langues.
Afin de lever cette ambiguïté, une loi
portant statut des langues au Burundi a été adoptée en 2014. Cette loi confère
le statut de langue officielle au kirundi, au français et à l’anglais. En
d’autres termes, le Burundi compte actuellement trois langues officielles, à
savoir le kirundi, le français et l’anglais. Quant au kiswahili, il bénéficie
du statut de langue de communication régionale. La même loi stipule que le
kirundi, le français et l’anglais sont des langues d’enseignement, tandis que
le kiswahili est considéré comme une langue enseignée.
4.2.
Revue théorique
Dans cette section, il est prévu de présenter la théorie
qui sert de fondement à notre étude. L’approche suivante a été identifiée et mise
en évidence.
Approche
fonctionnelle
L’approche fonctionnelle a été développée par Alfred
Marshall, économiste britannique, considéré comme l’un des fondateurs de
l’économie moderne. Il a développé l’approche fonctionnelle dans son ouvrage
« Principes d’économie » publié en 1890. Marshall a mis
l’accent sur l’analyse des fonctions économiques, telles que la production, la
consommation et la distribution, et a étudié comment ces fonctions
interagissent dans le cadre d’un marché.
L’énoncé de l’approche fonctionnelle
est que les différentes parties d’un système ou d’une organisation remplissent
des fonctions spécifiques qui contribuent à son bon fonctionnement global.
Selon cette approche, chaque élément ou acteur a un rôle déterminé à jouer pour
atteindre les objectifs du système dans son ensemble.
Par exemple, dans le domaine de la
gestion organisationnelle, l’approche fonctionnelle analyse les différentes
fonctions et rôles des individus au sein d’une organisation, ainsi que la
coordination et la coopération nécessaires pour atteindre les objectifs
organisationnels.
L’approche fonctionnelle est
pertinente pour l’étude du marché de la traduction au Burundi car elle permet
de comprendre comment ce marché opère et les conditions dans lesquelles les
échanges de services de traduction ont lieu. En adoptant cette approche, on
peut analyser les différents acteurs impliqués dans le marché de la traduction
au Burundi, tels que les traducteurs, les agences de traduction et les clients,
ainsi que les interactions entre eux.
En examinant le fonctionnement du
marché de la traduction au Burundi, on peut identifier les principaux facteurs
qui influencent les échanges de services de traduction, tels que l’offre et la
demande de traducteurs, les tarifs pratiqués, les compétences linguistiques
requises, les besoins spécifiques des clients, etc. Cette compréhension
approfondie permet de mettre en évidence les défis et les opportunités
spécifiques au marché de la traduction au Burundi, et d’élaborer des stratégies
adaptées pour améliorer son fonctionnement.
4.3.
Revue empirique
Dans cette section, nous présentons une revue de la
littérature portant sur le marché de la traduction. En effet, nous examinons
les études menées sur les marchés de la traduction au Tchad, en France, au Sénégal
et en Turquie.
Depuis plusieurs décennies, la
formation de traducteurs en tant que discipline à part entière est un domaine
de recherche d’une grande importance qui a suscité l’intérêt des chercheurs et
des enseignants dans le domaine de la traduction à travers le monde (Bandia, 2005). Cependant, jusqu’à présent, les recherches
réalisées sur cette discipline au Burundi sont peu nombreuses. Par conséquent,
cette étude passe en revue certaines études réalisées sur le marché de la
traduction dans d’autres pays que le Burundi.
Pabame (2017) a
mené une étude exploratoire en rapport avec l’état des lieux, défis et
perspectives du marché de la traduction au Tchad. Sa recherche s’est fixée
trois objectifs à savoir : (1) montrer qu’il existe bel et bien un marché
de la traduction au Tchad et en donner une description ; (2) relever les
difficultés du marché de la traduction au Tchad ; et (3) proposer
quelques stratégies permettant de stimuler davantage l’essor de ce marché. Les résultats de l’étude menée au Tchad relèvent les
difficultés liées au marché de la traduction dans ce pays telles que : le
manque de la réglementation du métier, l’inexistence d’associations de défense
de la profession ainsi que les défis liés à la formation de traducteurs. En
plus, le chercheur affirme que les traducteurs tchadiens font allusion aux
difficultés d’embauche, à l’accès à l’Internet, à l’ignorance des outils de la
TAO (traduction assistée par ordinateur), ainsi qu’à l’ignorance de
l’importance de la traduction par le grand public. L’étude montre également que
la tarification n’est pas satisfaisante. Cette situation peut s’expliquer par
le fait que les professionnels sont très peu représentés. Pour remédier à ces
difficultés, l’étude menée par Pabame
suggère que des modèles d’autres pays soient pris en compte et adaptés au
contexte tchadien. Les acteurs du marché de la traduction devraient s’inspirer
des pratiques étrangères afin de permettre au marché de la traduction au Tchad
de ne plus être à la traîne. Cela passe par la mise à disposition
d’infrastructures de travail pour les traducteurs et la création de conditions
de formation et de travail optimales pour favoriser le développement de ce
marché. Des actions de sensibilisation sur la valeur de la traduction devraient
également être entreprises.
L’étude menée par Mbodji
(2016) pose le problème de l’organisation du marché de la traduction au
Sénégal, avec comme objectif l’exploration dudit marché. Les
résultats ont révélé l’existence de véritables acteurs sur le marché de la traduction
au Sénégal, capables de le dynamiser en créant un environnement favorable. Les
résultats confirment également que l’ouverture récente d’un programme de
traduction et d’interprétation à l’université Gaston Berger de Saint Louis
favorise la formation de traducteurs et contribuera à long terme à
l’augmentation du nombre de traducteurs qualifiés sur le marché. L’étude
indique par ailleurs que les combinaisons linguistiques évoluent
progressivement des langues étrangères vers les langues indigènes. Cependant,
selon Mbodji (2016), il existe plusieurs défis liés au
marché de la traduction au Sénégal. Certains de ces défis comprennent : le
manque de reconnaissance officielle, la qualité de la formation, une faible
rémunération, le manque de collaboration et l’usage limité des technologies.
Selon Gumus (2013), il existe plusieurs défis liés au
marché de la traduction en Turquie. Ces défis sont les suivants : la
concurrence intense, la pression sur les prix, le besoin de spécialisation, la
qualité inégale et les problèmes de paiement. Le chercheur affirme qu’en
Turquie, le marché de la traduction n’emploie pas seulement les diplômés des
départements de formation des traducteurs. Le marché est ouvert aux diplômés
des départements d’enseignement des langues étrangères, de linguistique et de
langues et littératures étrangères, ou dans certains cas, à toute personne
parlant une langue étrangère. Pour faire face aux pesanteurs qui rampent le
marché, Gumus (2013) soutient qu’en Turquie les
traducteurs doivent se tourner vers un notaire public pour devenir traducteur
assermenté et fournir la preuve de leur maîtrise de la combinaison linguistique
pour laquelle ils postulent. Les résultats obtenus dans cette étude montrent
que les entreprises de traduction en Turquie ont commencé à demander une
certification de l’institution turque de normalisation afin de démontrer la
qualité de leurs services aux clients. En réalité, l’adoption de cette norme
peut jouer un rôle d’orientation à la fois dans les processus de formation et dans
les services fournis sur le marché. En 2013, la Turquie comptait cinq
associations de traducteurs et d’interprètes, ainsi que trois associations de
sociétés de traduction. Le nombre d’associations de traducteurs a augmenté au
fil du temps ; cet avancement est significatif dans l’optimisation dudit
marché.
Gouanvic (2010) a
mené une étude sur le marché de la traduction en France. Les résultats montrent
qu’il existe plusieurs défis associés au marché de la traduction en France. Ces
défis sont les suivants : la concurrence accrue due à l’évènement de
l’Internet et des plateformes de traduction en ligne, la pression sur les prix,
l’évolution des technologies, la spécialisation et l’adaptation aux besoins des
clients. Par ailleurs, selon une étude conjointe réalisée par l’Observatoire de
la traduction en France et Gouanvic (2020), le
secteur de la traduction connaît une croissance florissante en France, avec une
demande accrue pour des services de qualité, notamment pour les langues
anglo-saxonnes telles que l’anglais et l’américain. De plus, il démontre que la
traduction est devenue de plus en plus professionnalisée, avec une augmentation
du nombre de traducteurs professionnels et d’entreprises spécialisées dans ce
domaine. Cette évolution est en partie due à la demande croissante de
traductions de qualité dans des secteurs tels que le commerce électronique, le
tourisme et les industries créatives.
Les littératures passées en revue nous
ont poussé à mener une étude visant à inventorier les
défis associés au marché de la traduction au Burundi, car il est évident que
les défis associés au marché de la traduction peuvent varier en fonction de
différents facteurs tels que le pays, la région et l’évolution du secteur (Massardo, 2017). En effet, la
profession de traduction connait peu de recherches au Burundi. Pour ce faire,
il est essentiel de mener une étude approfondie visant à identifier les
difficultés inhérentes au marché de la traduction au Burundi, et enfin à
proposer des solutions concrètes pour remédier à ces problèmes.
5.
Méthodologie
de recherche
Afin d’obtenir les données nécessaires pour répondre aux
questions formulées précédemment, et compte tenu de la nature de nos questions
de recherche, nous avons utilisé la méthode quantitative où les répondants étaient
invités à cocher la réponse appropriée selon leur point de vue. Nous avons donc
utilisé le questionnaire comme outil de sondage. Cette recherche a été menée au
Burundi, en se concentrant spécifiquement sur le marché de la traduction local.
En ce qui concerne la population
étudiée, nous avons opté pour des méthodes d’échantillonnage non aléatoires,
qui consistent à sélectionner les individus de la population cible en fonction
de critères subjectifs. Dans le cadre de ces méthodes, nous avons choisi l’échantillonnage
raisonné et l’échantillonnage boule de neige. Selon Masinda
(2014), l’échantillonnage raisonné permet à l’enquêteur de décider d’interroger
un segment spécifique de la population cible, sur la base de son propre
raisonnement qui lui fait supposer que ce segment est représentatif. Quant à
l’échantillonnage boule de neige, l’enquêteur utilise cette méthode lorsque la
population cible est restreinte.
Ainsi, nous avons pu constituer un
échantillon de trente (30) traducteurs indépendants et quinze (15) donneurs
d’ouvrages, à qui nous avons administré les différents questionnaires.
Il convient de noter que les
questionnaires ont été créés sur Google Forms,
permettant aux répondants d’y accéder et de les remplir à leur convenance. Ce
logiciel nous a également permis d’analyser les données de manière statistique
et de générer des diagrammes. Les questionnaires ont été diffusés en ligne via
des canaux de communication tels que WhatsApp et
l’e-mail. En ce qui concerne la validité, nous avons effectué des vérifications
de validité de contenu.
6.
Analyse des
données et interprétation des résultats
L’objectif de la présente étude consiste à recenser les
défis auxquels est confronté le marché de la traduction au Burundi, ainsi que
les stratégies envisagées pour les surmonter. Pour répondre à cette
problématique, deux enquêtes distinctes ont été menées, l’une auprès des
traducteurs indépendants et l’autre auprès des donneurs d’ouvrages. Dans cette
section, nous procédons à l’analyse des données obtenues afin de recueillir des
informations relatives aux défis associés au marché, ainsi qu’aux perspectives
et aux stratégies envisagées pour les surmonter.
6.1.
Les défis liés au marché de la traduction au
Burundi selon les traducteurs indépendants

À ce stade, l’objectif était de recueillir auprès des
traducteurs indépendants des informations relatives aux défis qu’ils
rencontrent au marché de la traduction au Burundi. Le manque de reconnaissance
de la profession de traducteur ainsi que les difficultés à trouver des clients
réguliers ont été affirmés à 76,7 %. Les répondants ont souligné à 73,3 % le
manque de demandes de traduction. Les traducteurs indépendants ont également
indiqué, à 66,7 %, une rémunération insuffisante pour les traducteurs. De plus,
60 % des traducteurs indépendants ont évoqué le manque de ressources et
d’outils de traduction appropriés, tandis que 40 % d’entre eux considèrent la
barrière linguistique pour certaines langues moins courantes comme un obstacle
à l’essor du marché. Le défi le moins mentionné, soit par 23,3 % des
répondants, est la concurrence accrue sur le marché.
En résumé, il est évident que le
marché de la traduction au Burundi est confronté à de nombreux défis, tels que
le manque de demandes de traduction, une rémunération insuffisante pour les
traducteurs, le manque de reconnaissance de la profession de traducteur, les
difficultés à trouver des clients réguliers, le manque de ressources et
d’outils de traduction appropriés, la facturation informelle ainsi que
l’absence de normes réglementaires.
6.2.
Les défis liés au marché de la traduction au
Burundi selon les donneurs d’ouvrages
Dans le cadre de la présente étude, les donneurs
d’ouvrages ont été invités à identifier les défis qu’ils constatent sur le
marché de la traduction au Burundi. Les répondants ont indiqué à 86,7 % les
principaux défis liés aux difficultés de certification des documents traduits,
ainsi qu’aux difficultés de trouver des services de traduction en dehors de
Bujumbura. De plus, l’ignorance de l’utilisation d’Internet pour la publication
et l’accès aux services a été mentionnée par 80 % des répondants comme un facteur
défavorable à l’essor du marché de la traduction au Burundi. 60 % des donneurs
d’ouvrages se sont montrés insatisfaits de la tarification informelle.
L’ignorance des outils technologiques de traduction ainsi que le manque de
traducteurs professionnels ont également été soulevés par 46,7 % des
répondants. Sur la base de ces résultats, il est évident que les clients des
services de traduction déplorent l’organisation du marché de la traduction au
Burundi. En tenant compte des résultats obtenus, il est généralement certain
que le marché présente plusieurs défis, tels que la tarification informelle,
l’ignorance de l’utilisation d’Internet pour la publication et l’accès aux
services, les difficultés de certification des documents traduits, ainsi que
les difficultés de trouver des services de traduction en dehors de Bujumbura.
6.3.
Les solutions aux défis associés au marché de
la traduction au Burundi selon les traducteurs indépendants

Dans le cadre de la présente étude, les traducteurs
indépendants ont été sollicités afin de proposer des stratégies visant à
surmonter les obstacles entravant le développement du marché de la traduction
au Burundi. Pour remédier aux problèmes rencontrés sur le marché, les
répondants ont suggéré, à hauteur de 86,7 %, la création d’une agence nationale
chargée de réglementer les services de traduction. Ils ont également souligné,
à 83,3 %, que la promotion de la valeur et de l’importance de la traduction auprès
des clients potentiels constitue une voie vers l’optimisation de ce marché.
L’établissement de tarifs de traduction équitables et compétitifs a été évoqué
par 73,3 % des participants, tandis que le renforcement de la formation et du
développement professionnel des traducteurs a été proposé à hauteur de 70 %.
Les traducteurs ont proposé, à 63,3 %, le développement de partenariats avec
des agences de traduction internationales comme l’une des stratégies efficaces
pour valoriser le métier de traducteur. Les traducteurs indépendants ont
également indiqué, à 66,7 %, que des efforts de sensibilisation auprès des
autorités et des entreprises quant à l’importance de la traduction doivent être
pris en considération pour dynamiser ce marché. Ils ont souligné à 56,7 %, que
l’encouragement de la collaboration et l’échange d’expériences entre les
traducteurs peuvent contribuer à l’optimisation du marché de la traduction au
Burundi. Enfin, l’amélioration de l’accès aux ressources et aux outils de
traduction a été mentionnée à 53,3 %.
En résumé, les résultats obtenus
indiquent que les stratégies pour surmonter les défis associés au marché de la
traduction au Burundi peuvent inclure la promotion de la valeur et de
l’importance de la traduction auprès des clients potentiels, l’établissement de
tarifs de traduction équitables et compétitifs, le renforcement de la formation
et du développement professionnel des traducteurs, l’encouragement de la
collaboration et de l’échange d’expériences entre les traducteurs, l’amélioration
de l’accès aux ressources et aux outils de traduction, le développement de
partenariats avec des agences de traduction internationales, la sensibilisation
des autorités et des entreprises à l’importance de la traduction, ainsi que la
création d’une agence nationale chargée de réglementer les services de
traduction.
6.4.
Les solutions aux défis associés au marché de
la traduction au Burundi selon les donneurs d’ouvrages

La présente étude a permis aux donneurs d’ouvrages de
proposer des stratégies visant à faire face aux problèmes entravant le bon
fonctionnement du marché de la traduction au Burundi. 86,7 % de ces clients des
services de traduction ont proposé la multiplication des programmes de
traduction, ainsi que l’utilisation d’Internet pour la publication et l’accès
aux services, comme solutions aux difficultés rencontrées sur ce marché. De
plus, ils ont souligné, à 80 %, que la réglementation des services de traduction
et la formation de qualité des traducteurs peuvent favoriser le développement
du marché de la traduction au Burundi. Ils ont en outre suggéré, à hauteur de
73,3 %, la formalisation de la facturation, et à 53,3 %, le recours aux outils
technologiques de traduction comme moyen d’optimiser ce marché.
En somme, nous pouvons affirmer que
les solutions aux défis auxquels sont confrontés les donneurs d’ouvrages sur le
marché de la traduction au Burundi peuvent inclure la formalisation de la
facturation, le recours aux outils technologiques de traduction, la
réglementation des services de traduction, la formation de qualité des
traducteurs, la multiplication des programmes de traduction, ainsi que
l’utilisation d’Internet pour la publication et l’accès aux services.
7.
Conclusion
La présente étude a inventorié les défis auxquels les
traducteurs indépendants et les donneurs d’ouvrages sont confrontés sur le
marché de la traduction au Burundi. Cette étude a également identifié des
pistes de solutions pour relever ces défis. Après avoir synthétisé les données
qualitatives obtenues auprès des traducteurs indépendants et des donneurs
d’ouvrages, il est clairement démontré l’existence de plusieurs défis liés au
marché de la traduction au Burundi, notamment :
ü Tarification
informelle
ü Ignorance de
l’utilisation de l’internet pour la publication et l’accès aux services
ü Difficultés
de la certification du document traduit
ü Difficultés
de trouver les services de traduction en dehors de Bujumbura
ü Faible
rémunération des traducteurs.
ü Manque de
reconnaissance de la profession de traducteur.
ü Difficulté à
trouver des clients réguliers.
ü
Manque de ressources et d’outils de
traduction appropriés.
ü Absence des
normes réglementaires
En conséquence, cette étude propose les recommandations
suivantes pour remédier à ces défis :
ü Promouvoir la
valeur et l’importance de la traduction auprès des clients potentiels.
ü Renforcer la
formation et le développement professionnel des traducteurs.
ü Encourager la
collaboration et l’échange d’expériences entre les traducteurs.
ü Améliorer
l’accès aux ressources et aux outils de traduction.
ü Développer
des partenariats avec des agences de traduction internationales.
ü Sensibiliser
les autorités et les entreprises à l’importance de la traduction.
ü La mise en
place d’une agence nationale charge de la réglementation des services de
traduction
ü
Utilisation de l’internet pour la publication
et l’accès aux services
Il est important de souligner que cette étude, centrée
sur les défis liés au marché de la traduction au Burundi, n’a pas pu aborder
tous les aspects de la question en raison de contraintes de temps et de la
situation critique dans le pays. Par conséquent, elle ouvre encore de
nombreuses perspectives de recherche pour les futurs chercheurs.
8.
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Cite this
Article: Enock, H; Nge, DM (2023). Challenges
Related to the Translation Market
in Burundi. Greener Journal of Social Sciences, 13(1): 60-69. |